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LES POTENTIALITES ECOTOURISTIQUES ET LE DEVELOPPEMENT DE L’ORIENTAL

le tourisme équitable

vendredi 22 août 2003

Le Tourisme et ses développements

Le tourisme qui signifiait à ses débuts tout simplement « l’art de faire un tour » a beaucoup évolué au cours de deux siècles environ depuis son apparition. Si ce mot désigne en fait l’ensemble des déplacements pour le loisir, il reste néanmoins difficile d’en soustraire ceux qui n’appartiennent pas à cette catégorie d’activités, dite de plaisir, à savoir les voyages professionnels. Ces déplacements de populations s’effectuent dans des cadres individuels ou collectifs. Ils ont habituellement un ou plusieurs objectifs motivant et définissant le type de voyage : de vacance, d’agrément, de visite familiale, de cure, de sport, de chasse, de pêche et même de pèlerinage. De tailles diverses, ces mouvements de populations engendrent des investissements, des flux, des équipements, des activités..., mais provoquent aussi des incidences, des pollutions, des transformations, voire même des mutations sociospatiales de grande envergure. C’est ainsi qu’on parle parfois non pas d’activités mais d’industries touristiques.

Le Touriste, qui est généralement connu pour « sa superficialité » au niveau de ses déplacements, effectue souvent ses tours rapides pour contempler, découvrir, consommer, occuper le temps et se divertir sans se soucier aucunement du revers de sa visite. Ainsi, cette activité qui est censée apporter des bénéfices et des ressources financières pour les accueillants et les organisateurs peut également avoir un impact négatif sur l’environnement tant physique qu’humain. Les milieux affectés par ces impacts touristiques ont plus ou moins rapidement favorisé l’apparition d’une conscience écologique visant à pallier la situation. C’est ainsi que certains nouveaux espaces touristiques se sont vus exclure le tourisme lourd, dit de masse, encombrant, polluant, et écologiquement coûteux au profit d’un autre plus adéquat, dosé, orienté et par conséquent maîtrisé : l’écotourisme. Mais des questions demeurent bien posées quant à l’efficacité des formules et aux impacts prévus.

Géographes, anthropologues et sociologues se sont penchés sur les questions posées par les différentes formes de tourisme. L’écotourisme, qui prit d’abord plusieurs appellations (tourisme de nature, tourisme doux, tourisme vert, tourisme responsable...), est vu par certains comme un outil de développement économique qui préserve les écosystèmes, tandis qu’il est vu par d’autres comme un « Cheval de Troie » qui préserve les « artefacts de la culture » tout en détruisant l’esprit qui les a créés.

L’écotourisme : besoin économique ou exigence environnementale ?

L’écotourisme ne signifie pas seulement l’organisation de voyages et de visites à travers les milieux écologiques, comme peut le sous entendre l’étymologie du mot. Il ne s’agit pas non plus de déplacements du touriste au cours desquels il respecte ou doit simplement respecter les milieux visités, mais de tout un système d’exploitation économique durable et respectueuse des ressources touristiques tant naturelles que culturelles. Ce système doit être basé sur une approche participative qui a une fonction d’éducation et de sensibilisation tout en générant des revenus. Dans cette optique, une part des apports financiers doit servir au maintien et à la protection de l’environnement contre la dégradation et le déséquilibre.

L’environnement qui se dégrade n’est pas toujours la victime du touriste, mais souvent celle de la population locale démunie, inconsciente ou encore cupide. Cependant, en réalité, le destructeur peut également être allochtone, sans être obligatoirement touriste. Dans ce contexte, l’éducation et la sensibilisation peuvent jouer un rôle dans la protection de l’environnement à différentes échelles : locale, régionale, nationale et même mondiale, ce qui nécessite une bonne formation pour une gestion durable des activités écotouristiques. C’est ainsi que l’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) avait défini le « tourisme durable » comme une « façon de gérer toutes les ressources permettant de satisfaire les besoins économiques, esthétiques et sociaux et de préserver l’intégrité culturelle, les écosystèmes, la biodiversité et les systèmes de soutien de la vie ». Or la satisfaction des besoins économiques n’incombe pas au seul secteur écotouristique, mais à l’ensemble des secteurs, dans le cadre d’un développement intégré qui tient compte de leurs incidences sur l’environnement.

Si le développement économique et social exige parfois de gros investissements, le développement de l’écotourisme ne nécessite pas d’investissements considérables. Le tourisme écologique n’est pas très affecté par les vicissitudes que connaît habituellement le tourisme international, sauf en cas de guerre, d’insécurité ou d’épidémie. Par ailleurs, il peut bénéficier d’une clientèle aussi bien nationale qu’internationale, du fait du faible coût des séjours, et peut s’étaler sur une longue période de l’année par le biais de l’information et de l’encouragement à la création d’une « culture écotouristique nationale ».

On peut donc considérer que la création et le développement de l’écotourisme demeurent non seulement un besoin économique pour générer des revenus aux populations locales, qui manquent de ressources mais aussi une exigence basée sur la nécessité de protéger les milieux sensibles de toute forme de dégradation, en vue de préserver le capital naturel et culturel. La création de nouvelles sources de revenus pour les populations peut également signifier l’allègement, voire l’arrêt, de la pression sur les ressources locales habituelles. Cela peut être largement bénéfique pour les ressources qui constituent un patrimoine fragile, dont l’exploitation n’est pas souvent aisément contrôlée.

La place de l’écotourisme dans les activités touristiques de l’Oriental

L’Oriental est une entité spatiale de valeur économico-administrative qui se confond parfois avec la région géographique dite « Maroc Oriental ». Si le découpage et le fonctionnement administratifs sont souvent gérés et commandés par des préoccupations relevant beaucoup plus des considérations politiques, le fonctionnement réel d’un espace en ignore souvent les frontières. C’est ainsi que les activités touristiques transgressent souvent les frontières non seulement régionales, mais aussi internationales. Il est vrai que les opérateurs internationaux du domaine proposent des séjours et se basent dans différents pays sur lesquels ils « parachutent » des visiteurs voyageant par avion pour des circuits nationaux. Mais il existe également des circuits internationaux, parfois en passages plus ou moins forcés, pour les touristes voyageant par voie terrestre, donnant ainsi l’occasion de visiter différentes régions dans plusieurs pays. Les activités de tourisme ne doivent pas obligatoirement être prises en considération ou planifiées en fonction des entités administratives, le voyageur touriste cherchant souvent la diversité, la continuité et la « découverte sans frontières ».

Malgré la situation doublement frontalière du Maroc Oriental et les potentialités touristiques considérables de l’espace géographique maghrébin, l’activité touristique transmaghrébine demeure presque inexistante pour des raisons purement de décisions politiques qui auraient dû être passagères, mais qui s’avèrent en fait à caractère durable. Le passé récent a montré que la période de la fermeture de la frontière algéro-marocaine avait été plus longue que celle de son ouverture, mais tout en mettant en relief l’importance parfois démesurée des flux entre les deux pays aux moments d’ouverture. Cette position offre donc des potentialités étouffées d’un tourisme maghrébin important.

Cependant, il est à souligner que la part de l’écotourisme dans ce contexte serait insignifiante, voire inexistante non seulement à cause des similitudes écologiques entre les deux pays voisins, mais aussi et surtout en raison de l’absence d’une « culture d’écotourisme » chez les populations vivant de part et d’autre de la frontière. Les déplacements de ces populations s’effectuent généralement soit pour des visites familiales, soit pour des « affaires » de commerce et de contrebande, ne concernant que les milieux urbains, voire seulement les centres commerciaux loin des attraits environnementaux.

Jusqu’à présent, le tourisme écologique reste plutôt l’attrait des visiteurs européens comme l’attestent les tendances des visites, notamment celles des espagnols basés à Melilla qui effectuent souvent des tournées de week-ends favorisées par la proximité et le voisinage, sachant bien que la part du Maroc Oriental dans le tourisme européen et international reste, de loin, très modeste.

Au cours des premières décennies de l’indépendance, la politique touristique du Maroc excluait, ou presque, l’ensemble du Maroc Oriental des circuits et des activités planifiés ou organisés au point de l’écarter souvent même des campagnes et des documents publicitaires, c’est ainsi qu’à titre d’exemple, la ville balnéaire de Saïdia n’avait jamais vu l’implantation d’un hôtel classé, malgré les attraits de sa belle plage... Ce site touristique n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, précocement connus surtout par la communauté européenne de l’époque du protectorat, et qui ont une importance écologique à valoriser dans le domaine touristique. Les sites et les curiosités historiques ne manquent pas au Maroc Oriental, même s’ils ne sont que d’importance secondaire ; mais ils doivent être mis en valeur dans leur relation avec le potentiel écologique prometteur.
Potentialités et atouts écotouristiques de l’Oriental

Au cours de la dernière décennie, la région de l’Oriental s’est vue accorder une place importante dans l’aménagement du territoire, dont l’aménagement touristique, surtout avec le lancement du SDAR (Schéma de Développement et d’Aménagement Régional) et du SDAULMO (Schéma de Développement, d’Aménagement et d’Urbanisme du Littoral Méditerranéen Oriental). Ainsi, des ZIT (Zone d’Intérêt Touristique) et des SIBE (Site d’Intérêt Biologique et Ecologique) ont été identifiés et plusieurs interventions sont proposées, dont la réalisation d’équipements (notamment routiers, portuaires, de barrages...) selon les spécificités et les besoins prioritaires de chaque unité spatiale. Mais malheureusement certains aménagements se font parfois avec des erreurs d’évaluation de l’impact environnemental, qui sont dues à l’absence de pluridisciplinarité nécessaire à l’élaboration des projets.

Par le biais de sa double vocation à valeur éducative et sensibilisatrice, l’écotourisme est censé fonctionner tout en limitant les retombées négatives sur l’environnement naturel et socioculturel. Il doit, en principe, procurer des avantages économiques et en équipements aux communautés d’accueil et d’organisation, créer des emplois et offrir des sources de revenus : c’est ce dont a besoin une bonne partie des populations locales de l’Oriental. Il doit en outre faire prendre conscience aux habitants de la valeur largement ignorée du patrimoine naturel et culturel dont ils disposent, vu le faible degré d’instruction et d’alphabétisation des populations rurales.

L’Oriental, diversifié dans ses paysages naturels et ses spécificités culturelles, dispose donc de potentialités écotouristiques indéniables, mais qui nécessitent localement de grands efforts de mise en valeur, de conception pluridisciplinaire et de gestion communautaire participative. L’implication des populations locales et la concertation avec elles seraient d’un double avantage, à savoir le maintien d’un facteur de réussite des projets par appropriation et la réduction des fuites des dépenses des touristes vers les opérateurs étrangers aux milieux visités.

Les milieux montagneux sont caractérisés par des couvertures végétales forestières au Nord, mais à peine steppiques au Sud. Les plaines et plateaux sont fertiles et irriguées ou irrigables au Nord, mais occasionnellement pâturables au Sud. Le littoral, les dayas, les embouchures et les lacs de barrages constituent des aires de détente et d’agrément, tout en abritant des zones humides et formant des SIBE. Quelques villes anciennes disposent de monuments historiques et d’activités artisanales parfois de taille (Oujda, Debdou, Figuig...) tandis que des espaces ruraux disposent de sources thermales, de grottes, de gîtes préhistoriques et archéologiques, de paysages pittoresques (curiosités karstiques, escarpements, dunes de sable désertiques, chotts, forêts, mines abandonnées...).

Ces espaces offrent des possibilités d’activités écotouristiques diverses telles que des randonnées de montagne (pédestres, équestres ou même à dos de dromadaires), des explorations spéléologiques, de l’alpinisme, des séjours de cures hydrothermales et psammothérapiques, des activités de pêche, de chasse, d’astronomie et d’observation du ciel, et même tout simplement d’évasion et de contemplation des paysages dont les secrets sont à découvrir pour un écotouriste averti...

En raison de la diversité et de la complémentarité des différentes unités spatiales du Maroc Oriental, l’exploitation des ressources dans le domaine de l’écotourisme doit être conçue dans un cadre de réseaux transcommunaux, gérés par des associations, des organisations non gouvernementales et peut être même des collectivités locales. Les visites peuvent être organisées en circuits prédéfinis pour des groupes restreints, éventuellement en partenariat avec des opérateurs spécialisés, par de petites entreprises locales ou régionales à créer. De telles activités peuvent s’appuyer sur des équipements modestes et même de type logement chez l’habitant, des gîtes de montagne et des maisons de campagnes. Il est toutefois recommandé de prévoir certains équipements de base dont bénéficieront également les populations locales, en l’occurrence, l’eau, l’électricité, les routes et les pistes aménagées. Par ailleurs, le secteur de production et de commerce de l’artisanat qui somnole dans l’Oriental peut largement bénéficier de la promotion des activités écotouristiques.

Conclusion

Si la promotion de l’écotourisme dans l’Oriental peut être conçue dans un cadre d’actions collectives, elle peut néanmoins impliquer des initiatives individuelles, tout en coordination avec les organismes publics. Cette promotion doit d’abord passer par un diagnostic à plusieurs niveaux et par une sensibilisation et une formation des opérateurs et des populations cibles concernées. En l’absence d’encadrement et de sensibilisation, même les courts séjours de quelques heures d’un petit nombre de visiteurs locaux ou régionaux peuvent nuire à l’environnement. Ce tourisme sauvage laissant détritus et mauvaises traces, doit lui-même être pris en mains, du moins en matière d’orientation et de sensibilisation, ce qui nécessite des moyens qui peuvent être procurés par le biais d’un écotourisme correctement planifié, développé et géré.

Dans l’Oriental, il s’est avéré que l’effort de l’amélioration de l’infrastructure routière et la création d’équipements constituent un facteur de désenclavement, d’accessibilité et de développement, notamment des secteurs isolés et éloignés qui ont des potentialités écotouristiques importantes. Mais malheureusement certains équipements et interventions ne le sont pas toujours. Ils peuvent même dégrader l’environnement, comme c’est le cas à Saïdia où un port de « plaisance » a été parachuté sur la belle plage sableuse. Cet édifice a le méfait de déstabiliser l’équilibre dynamique du littoral qui s’érode d’un côté du port et s’engraisse de l’autre, tout en en obstruant périodiquement l’accès... Cette morphodynamique artificiellement activée menace cette belle plage qui fait la valeur de cette petite ville côtière. Par ailleurs, les convoitises des lotisseurs spéculateurs n’ont aucun respect pour l’environnement, détruisent des hectares de bois avec toute l’originalité des milieux qui s’y étaient créés. C’est ainsi que ces erreurs justifient davantage des réflexions écologiques, voire écologistes, et la lutte contre les lobbies qui agissent à l’encontre de la préservation de l’environnement.

Remarque : Ce texte a été rédigé dans le cadre de deux participations aux deux Journées d’Etudes organisées l’une par les Associations : Les Amis de Tafoghalt,Homme et Environnement et Mountada Rihab le Dimanche 23 mars 2003 à Tafoghalt et l’autre par l’EDHEC (Ecole Des Hautes Etudes Commerciales, Financières & Bancaires) le Samedi 17 mai 2003 à Oujda.

Abderrahmane EL HARRADJI

Dpt De Géographie FLSH, Oujda

elharradji @ump.ma